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Coup de pub: Un texte (très) mystérieux



« Les livres que le monde qualifie d’immoraux sont ceux qui montrent au monde sa propre honte. » O.W.

1- Le texte « Lyannaj » avec l'épistolier



Sûrement que vous vous demandez pourquoi ce sous-titre débile « Lyannaj » avec l'épistolier ? Parce que c'est la mode de dire « lyannaj » (beaucoup d'interprétations, mais surtout lien pris dans ce contexte) 
Epistolier ? Diantre, qu’est ce que j'ai pu écrire ces derniers temps comme lettres débiles, allant jusqu'à travestir mon style iconoclaste, m'humiliant jusqu'à imiter les fesses coincées des « useurs » de stylos, les pets secs du épistolairement correct. Les formés à l'académie du bon français, français. Des têtes bourrées par le suave sans sucre, sans sel d'une littérature obsolète dépassée, désintégrée, résidu d'un soi-disant beau parler des beaux quartiers
Oui ça c'est sûr, j'aime les mots lourds qui sentent le tafia des bas quartiers.
Ca c'est sûr, oui, j'aime ces mots qui sentent la pisse froide épicée de la pisse d'ânesse.
J'aime passer le p'tit doigt à l'intérieur du string du A pour a-baisser le D dans une fange dégoûtante.
J'aime violer le violet des mots mauves.
J'aime faire rougir les fades pétasses bon chic bon genre.
J'aime mettre le pouce dans le trou du Q
J'aime choquer les pudibonds, bondir à pieds joints sur les épithètes pour les graver comme des épitaphes sur ce moribond langage du littérairement correct. 
J'aime déblayer cette salope de langue apprise dans les bons lycées catho. J'aime casser, émasculer, démembrer, amputer, écarteler, trifouiller, néologismer cette putain de langue jamais apprise. 
Cette garce de langue que maître Silfi voulait à coups de règle en fer sur la tête, me l’enfoncer dans le crâne. 
Ca c'est sûr, c'est sûr. Là où je prends mon pied, un pied d'enfer interdit aux têtes de premier de la classe, aux acnéiques juvénilisés que je sais choquer, là où j'éjacule à m'exploser les canaux déférents, à m'imploser les roubignoles, à coller mes spermatos au plafond,.c’est quand ils portent de vives critiques sur ma vulgarité affichée, sur mon soi-disant dévergondage, c’est quand, comme des veules, ils chuchotent sur mon passage. Là, je sais qu'ils ont lu mes pontes délirantes. Là, je sais que j'ai accroché, captivé, attrapé. Là, je sais que mon message essentiel, niché dans la fibre originelle de mon être est passé, même d’une manière subliminale, un message d'amour, de liberté, d'humanisme. Un message pour les générations à venir.
Pour toi, pour toi cousine, je vais laver, frotter, cadenasser, aseptiser, blanchir, rééduquer, neutraliser, cadenasser mes mots. Je vais pour toi cousine, refermer les jambes de mes "M". Remettre les "Q" à leur place. Pour toi Carole, mes mots seront policés, mes phrases lissées. 
Et Dieu autour de nous, et Dieu devant nous, et Dieu dans sa présence enveloppante, et Dieu tout là- haut Carole, Dieu te fera un clin d'œil.
Dieu dans un souffle, un chuchotement te dira. Dieu effleurant ton âme, caressant ta pensée, Dieu te dira.
Point n'est besoin d’artifice, point n'est besoin qu'il te choque pour captiver ton attention. Point n'est besoin qu'il fasse des périphrases Carole, car ton cousin Carole, sait que tu CROIS. Ton cousin sait que tu crois comme il CROIT en moi son seigneur.
Et oui, très chère jeune cousine, et oui Carole, je te l'ai dit et répété moultes et moultes fois, j'ai beau être vulgaire, DIEU EST EN MOI.

XXXXX fin.
«Chaque effet que l’on produit nous fait un ennemi. Pour être populaire, il faut être médiocre ». O. W.
Chère Carole,
Ta question qui taraude, interpelle, qui ne laisse pas place à la triche dans les réponses, me laisse songeur.

2- Les réactions des « VIP »

Ernest Pépin (écrivain)



J'accepte volontiers de me prêter au jeu de cette devinette littéraire. Je pense que l'auteur de ce texte est Victor Sabardin. Il est le seul que je connaisse qui ait cette forme d'insolence provocatrice et à tout prendre décapante destinée à secouer le bocal des consciences et peut-être les manières d'écrire.
Du point de vue de la qualité littéraire de ce texte, je n'aime pas trop juger les gens surtout dans notre société où les susceptibilités sont si vives! Mais, il faut jouer le jeu n'est-ce pas! Alors, je dirai que c'est un texte un peu célinien qui affiche son intention de se démarquer d'une certaine conception trop "convenue" de la littérature et qui "joue" à être vulgaire. Je dis "joue" car tout texte littéraire n'est qu'une mise en scène de la parole! Aucun texte n'est "naturel" même ceux qui se prétendent tels. L'art c'est aussi l'artifice! Ce "jeu" me semble réussi car il noue bien le fond à la forme. Le parti pris esthétique (trivialité, rebellion etc) n'est pas si nouveau que cela car depuis longtemps les "belles lettres" ont été brocardées par les tenants d'une certaine libération de l'écriture par le recours à un certain registre "débraillé" voire même insolent. Que l'on pense à Sade à son époque et même à Rabelais. Mon point de vue personnel est qu'il ne sert à rien d'opposer la soi-disant littérature "compassée" à la soi-disant littérature "populaire". Seule la littérature compte et les écrivains ont toujours su utiliser tous les registres. Le lecteur antillais est volontiers pudibond car formaté par une approche "scolaire" de la littérature (alors que, par exemple, le fameux Lagarde et Michard était expurgé!). L'écrivain est libre! L'art est libre! L'anti-esthétique est aussi une esthétique! Et tout compte fait, Céline est un classique!
Voilà ce que m'inspire ce texte non comme jugement mais comme réflexion. Césaire est grand mais Léo Ferré et Prévert sont grands aussi!
Ernest 

Frantz Succab (ex Journaliste, Polémiste)



VIP du monde culturel » ! Je ne sais pas ce que cela signifie quand le moindre bonimenteur devient instance de légitimité et décerne des médailles à saucisson, à tors et à travers. Bref, je réponds juste pour faire un clin d’œil à cet ami qu’aucun anonymat ne me dissimulera :
1- L’auteur de ce texte est, évidemment, Maître IDOS alias Victor Sabardin. Que je reconnais être plus fètchyé que moi, qui reste incurablement poli avec ceux qui me gonflent.
2- Cher Idos, tu montres qu’il faut bien connaître les vices de la langue de Madame de Sévigné pour lui donner sans vergogne de quoi s’esbaudir. La bien connaître et la bien mettre, mais sans en être l’esclave. C’est toi qui écris, donc toi qui commande. J’ai relevé pourtant un besoin de te justifier, comme si tu disais « Je connais le français, mais je me soigne ». Or, c’est justement cette liberté de l’esprit qui te distingue de la plupart de nos « écrivants », trop vite qualifiés d’écrivains. Ils sont allés à l’école, ça se voit. Mais, ont-ils musardé sous nos banglen et nos zakasya ? Ont-ils écouté les dits de « Kèkech », entre deux séjours en geôle, quand il mofwazait le français en langue inconnue, en transformant les écailles de tortue en bijoux ? Ont-ils buté quelques manglous pour obtenir senksou-dis’sou, qu’on n’appelait pas encore euro ? Ont-ils, les soirs d’humanité débridée au « Sénat », cogné sur la table en discourant pour préserver un doubsis d’une mort inutile ? Ont-ils jamais été fous par conviction ?


Henri Hazael-Massieux (Ex Fonctionnaire territorial en exil)



Il n'y a pas de livres obscènes, il n'y a que des livres mal écrits. " O. Wilde
Le texte qui est très bien écrit, traduit parfaitement la pensée de l'auteur, et n'a donc rien d'obscène !
C'est vrai que la forme est de nature à choquer... les débiles et les conformistes.
Mais la poésie, qui est toujours un regard nouveau sur le monde, emprunte toujours des formes qui éclairent de sa vive étincelle le Vrai.
Pour qui connaît le monde dit littéraire de la Guadeloupe, ordinairement et paradoxalement si dénué de couleur de saveur et d'odeur,
il est tout à fait évident que ce texte ne peut être que Sabardinien (comme on dit rabelaisien). Attribuons donc à Idos ce qui lui appartient !
Henri HM


Bernard Leclaire (écrivain marie-galantais)



Drôle de courrier à sa petite cousine ! Lol ! Comme disent les « djeuns » !


Outre le ton qui paraît volontairement très imagé et sarcastique dans la forme, il est évident que dans le fond, il y a un humaniste, croyant de surcroît, qui se débat hélas ! Dans un monde un peu trop stupide à son goût. 

Ceci dit, il adore le vocable cru des amants fous et contrairement à un Tartufe qui ne saurait voir un téton dépassant, notre homme serait prêt lui, à se transformer en caméra miniaturisée pour visiter et revisiter à loisir tous les châteaux passants aussi chatouilleux que muqueux. 

L’Auteur de ce texte n’est pas un intellectuel au sens large du terme. Il serait un autodidacte, un self made man, un Michel Maurin du XXIème siècle, un Raspoutine des temps modernes ! 

Son école en vérité est plutôt l’expérience et surtout une observation caustique des bipèdes que nous sommes. Plus que voir, il sent, il renifle animal l’autre qui est ou qui hait. Il est terrible !

Il se joue de tout, il s’en fout de vous, …bref, il déteste par-dessus tout, ces Messieurs de la ville, ces Messieurs comme il faut, …il est « prière d’un petit enfant nègre » …et il n’ira plus jamais à leur école …et d’ailleurs, seulement à y penser, il est déjà pris de vomissements. 
Il n’est pourtant pas des hauteurs de Latreille, jamais il n’a vu Grand-Bourg de son mât tirolianique.

A croire, que dans la vie, il est probablement un énervé, un grincheux, un insatisfait, un mécontent pur et dur et fier de l’être. Il à le dire on ne peut plus vrai, franc, sans peur et sans reproche tel un Bayard à cheval. 
Il dit haut ce que d’autre n’ose même pas dire tout bas. Il est une grande gueule, pire il a une grande gueule ! Mieux vaut être son ami que son ennemi !

C’est un homme qui n’apprécie pas du tout la société dans laquelle nous vivons, il ne croit pas, il ne croit plus en l’Homme. C’est un nietzschéen, par conséquent un nihiliste convaincu et convainquant. 
Par rapport à ce dégoût, il ne peut s’exprimer que d’une manière acerbe et gerbique. En insultant intelligemment et subtilement, il prend son pied à jouer dans la cour de ceux qui n’ouvrent point leur porte aux autres. Il vous dit tout de même Merde !

Il veut choquer et il choque plus que les oreilles chastes jusqu’à faire exploser les tympans des soi-disant vestonnés-cravatés de cette société bourgeoise et capitaliste. Peut-être, pense t-il que le Guadeloupéen est trop devenu le singe de son maître.

Des singes fanoniques qui se méconnaissent du faciès mais qui dans l’être sont des peaux noirs masques blancs. 
Quand il regarde la danse sociale qui s’agite, il ne peut que rire jaune, et pourtant il n’est point maoïste. Par contre, derrière ce rire moqueur à la Voltaire, n’y a t-il pas « un cœur qui s’écœure, ô bruit doux de la pluie », et qui se ronsardise faute d’être aimé ? 

Il s’amuse à tordre le cou de cette langue trop lisse, trop polie, trop arrondie, trop blanche où depuis trop longtemps plus rien ne le surprend. Où, toute messe est a priori dite, redite, trop dite. Où l’on est dans le perpétuellement connu, reconnu et su d’avance.

Ceux dont le discours est plus que stéréotypé et parfois même déjà sénile malgré leur jeunisme combatif. La Créolité a porté quelques mots suaves du Pays dans un gâteau cosmique au sucre âcre, mais au-delà de la forme, est–elle capable de défendre notre front de la Patrie ? 

Il crie, par pitié de l’air, de l’oxygène, de l’espace, un peu de renouveau, un peu du bizarre, du choquant, du trépidant, enfin un peu de l’érectif, du non-conventionnel, …un peu de rébellion à défaut de pouvoir révolutionner le Monde !

A cet Auteur, je lui dit qu’il reste lui-même. Point n’est besoin de faire plaisir à Carole sa p’tite cousine. Elle comprendra demain l’utilité du franc-dit sans pudibonderie aucune. Les neurones dépucelés, elle sera la première sous peu à en redemander comme tous les autres d’ailleurs. 

Dire dans ce monde, dire, oser dire, être soi, rester soi, sans perversion, sans soumission, sans punition, sans rétention, prendre plaisir, …être et rester le suaire de son écrit ! Demeurer l’excellent esclave de sa plume originelle afin de ne jamais être la pute de ce système scatologisant. 

Raphael Confiant (Ecrivain, universitaire Martiniquais)


Ofet, sé ki sa teks swadizan litérè kouyon la ou voyé ban mwen la pou mandé mwen aprésiasion an mwen si'y ? An plis, ou ka mandé mwen dékouvè ki moun ki maké'y é ou ka pwonmet on pri si an touvé moun-la ! Franchman, an pa ka vwè ki moun ki pé maké on biten vilgè é tèbè kon sa !! An plis, an pa ka sézi pouki ou vlé pibliyé'y si CC1.

Afarel

PS: réponse de l’auteur à R. Confiant.


J'aime trop les écrits de Confiant pour m'offusquer de sa réponse d'autant plus que « point d'éloges flatteurs sans la liberté de critiquer »
J’admire trop le travail de cet homme sur la créolité pour lui envoyer un casus belli. Toutefois, j'affirme, qu'il sait très bien que l'auteur de ces lignes s'appelle Sabardin et je suis prêt à parier tout ce que j'ai (je n'ai rien) sur ce coup là.
Confiant et moi avons quelques passerelles communes. J'ai fréquenté l'habitation Mauduit à St François chez le béké Despointes, lui aussi.
Moi à l'âge de 13-14 ans, je travaillais comme ouvrier, faisant les 3/8 même de nuit. Lui, installé sous la véranda du maître sirotant son punch jusqu'à ces dernières années.
Confiant a écrit le « cahier des romances ». Dans l'édition folio de cet excellent ouvrage il dit page 232 :« vous ne faisiez pas partie de ces cohortes de lycéens besogneux qui apprenaient toutes leurs leçons par cœur » alors que moi je dis dans la « cité des chiens »:
« Avec ma bande, nous nous amusions à contempler et écouter, à espionner ce que j'appelais les studieux besogneux.
Nous les entendions, les studieux.

Les studieux qui gueulaient à tue-tête « Nos ancêtres les Gaulois vivaient à Lutèce », etc...etc
Ils gueulaient les studieux, ils gueulaient leurs leçons à haute voix. Nous avons même pu, à force de les entendre, apprendre le Cid sans connaître Corneille : « ô rage, ô désespoir n'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie. »
C'était surtout le jeudi, jour de relâche des écoles, c'était surtout avant 18 heures.
Le soir, ils gueulaient, de nouveau pour le curé : « Je vous salue Marie pleine de grâce », etc... etc
Dans notre bande nous n'étions pas des studieux mais déjà.
Vercingétorix comme ancêtre ?
Le diable toujours noir ?
Les saints toujours blancs ?
On laissait ça pour les studieux, leurs leçons à la con.
Page 233 : « tu n’étais jamais sorti de la Martinique, même pour te rendre en Guadeloupe à dix-huit ans passés » qu’il dit Confiant.
Moi, dans journal atypique d’un nègre fou, page 22 : « c’est à dix-huit ans que je fis mon premier voyage hors du département. Itinéraire Basse Terre, Les Saintes, Fort-de-France, Toulon via Dakar à bord d’un bâtiment de la Marine Nationale (c’est bien connu, les voyages forment la jeunesse même la plus conne).
Si ma modeste plume est une plume de couillon, nous avons chacun à notre façon des points communs. A moins que le célèbre Raphaël soit aussi « un acnéique juvénilisé » que j'ai accroché même d'une manière subliminale. (Réminiscence quand tu nous tiens !)
Bof, après tout, Raphaël et Césaire ?
S'il critiquait la démarche de cet homme, un morpion comme moi, Sabardin Victor ! Ne peut que répéter la célèbre pensée de O.W. :
« Chaque effet que l’on produit nous fait un ennemi. ¨Pour être populaire, il faut être médiocre »

Je persiste et signe. J'aime beaucoup les écrits de Confiant, j'admire sa pugnacité quant à sa démarche vis-à-vis de la créolité, quant au personnage, I don't now. Nous ne partageons pas les mêmes valeurs.
V. Sabardin

La réaction de Bruno Giroux


Il se trouve que, par un heureux concours de circonstances matrimoniales, je me suis retrouvé propulsé, il y a huit ans beau-fils de Sabardin. Huit ans beau-fils de Sabardin ! Je vous laisse imaginer par quoi je suis passé, tout de même…

Alors quand j’ai lu les lignes en question, ce style inimitable qui fait les présentations tout seul, j’ai tout de suite su que mon beau père avait encore frappé. Vite ! Tous aux abris ! Raz de marais langagier en vue. La chienlit irrespectueuse de la langue française, c’est lui ! L'aboli bibelot du beau babil, c’est encore lui ! Drôle d’espèce que ce Victor là, parti de rien et revenu de tout semble-t-il ! Un carnassier du verbe haut, mentor comme un arracheur du dedans, mais un écrivain surtout. Un écrivain ! 


Cher père-beau,

Mes rapports avec la békéterie sont assez particuliers tu le sais. Il faut dire aussi que bien qu’étant né en Martinique avec un nom en DE, j’ai passé l’essentiel de mon enfance en Afrique équatoriale et là, je peux te dire que j’étais bien loin de me soucier de ma soi disante « génialogie » et des privilèges afférents.

Au Gabon, mes maîtres Silfi à moi avaient l’habitude de ne pas corriger seulement les copies, et ce n’était pas à la baguette mais avec un mètre de tuyau d’arrosage qu’on fouettait rudement les mauvais élèves. Cette pédagogie musclée décida certainement très tôt de ma vocation de « studieux-besogneux »…

Un peu plus tard, au lycée Léon M’ba, (que j’ai longtemps prononcé « Léon me bat »), je reçus une fois en cours d’EPS une correction ingénieuse.

Pour avoir osé grimper sans autorisation à une corde dans le gymnase, (je n’étais pourtant pas le seul), mon « professeur » fit mettre la classe en rang et consigne fut donné à chacun de me de me donner une gifle. Je compris aussitôt les désavantages d’être dans une classe à fort effectif… Si certains de mes camarades ménageaient un peu leurs coups, d’autres ce jour-là se sont bien défoulés et je terminai cette séance physique avec la bouche en sang.

Le hasard qui fait bien les choses a voulu que je devienne moi-même professeur d’EPS un peu plus tard, preuve que je n’ai pas tant que ça tenu rigueur à la corporation. 

Cette parenthèse africaine, cher père-beau pour t’expliquer somme toute que je suis devenu béké sur le tard… Voici à peu près comment.

Il m’arrivait en effet pendant les grandes vacances de regagner mon île natale ; où j’appris chez ma grand-mère, les rudiments béké. Changement radical de perspectives. D’un coup je devenais un être élu… Magique ! Que mon père soit roturier n’avait pas l’air d’hypothéquer mon titre de noblesse, à croire que, comme dans le judaïsme, la religion béké est transmise par la mère.

Pour être honnête, ce statut de « Russe blanc » (nous n’étions pas du tout argentés) m’apporta plus de devoirs que de droits, une façon d’être ou de paraître, d’énormes contraintes familiales, et beaucoup de ressassements. Pour le baptême du moindre morpion familial, même à l’autre bout de l’île, nous étions tous sommés de processionner devant lui avec plus d’égards et de présents que les rois mages réunis. 

Avant chaque repas familial, je t’avoue maintenant que je tentais désespérément, d’un côté de mémoriser les prénoms des principaux membres de ma famille trop nombreuse, et de l’autre, de réviser les hauts faits de mes ancêtres : Voyons, voyons…« Un aïeul capitoul,(1682) enterré à Toulouse dans la cathédrale Saint-Etienne. Un blason, une devise : « recta linea », des armoiries : d’or au chevron de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles du champ… » Bref, mon passé, cher Victor est à cette époque une récitation d’histoire qui m’ennuie un peu mais je m’acquitte plutôt bien de ce devoir de mémoire.

Grâce, je crois, à tous ces efforts, je suis invité à des bals fastueux où des jeunes filles de bonne famille et bonnes à marier rivalisent de bonnes manières… Je suis mal à l’aise car je réalise d’un coup ce qui se trame ! Je dois certainement à cette époque mon salut de célibataire à une forte timidité. 


Et puis les années passent. Je reste fier de ce legs, mais pas plus que d’oraison. Je quitte la Martinique pour Toulouse, le berceau de mes ancêtres. Un retour aux sources d’une certaine façon. J’y reste une dizaine d’année. Je rencontre Karine, coup de foudre. Trois mois plus tard on est marié. Le voyage de noce se déroule en Guadeloupe chez les parents de mon épouse.

Rencontre avec toi, Victor, mon nouveau père-beau. Un sentiment réflexe d’amitié se crée aussitôt. On file le parfait humour. Tout devrait nous séparer logiquement mais non, même si avec toi, un turbulent du verbe qui manie la langue de bois vert mieux que personne, j’en ai pris copieusement pour mon grade de béké sur les épaules. C’est de bonne guerre.

Dans la foulée, je t’invite aussi chez les miens en Martinique. Hélas, tu ne peux venir et je le regrette encore…

Mais peut-être au fond, as-tu eu raison. Peut-être, soyons honnête comptais-je un peu sur toi à cette époque pour « plastiquer » l’ambiance. Peut-être voulais-je à ma façon introduire un loup dans l’hébergement, culbuter un ordre establishment. Peut-être voulais-je également te montrer que les miens avaient aussi du répondant et que tu n’aurais, qui sait, pas eu la part si facile.



(à suivre)

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