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Marie-Galante est-elle à l'agonie ?



Marie-Galante est-elle à l'agonie ?


       Grand Bourg. jeudi 5 août 2010. CCN. Le texte qui suit est en quelque sorte une réaction à l’interview de la conseillère régionale de Grand Bourg, Maryse Etzol, publié par CCN et qui a été repris par l’ensemble des sites d’infos de Guadeloupe et de Martinique. Le docteur Etzol appelait à un « sauvetage » de l’hôpital de Grand Bourg. (lire ici) Cette fois, c’est l’écrivain Marie Galantais, Bernard Leclaire qui s’indigne de la situation globale de son ile natale. Le texte qu’il a soumis à CCN, peut-être compris, comme un appel à un sursaut salvateur pour Marie Galante. Une « Lettre ouverte » adressée à tous ceux qui de Pointe à Pitre à Basse Terre, via Paris, Saint Louis, Capesterre, Londres ou New York aiment encore l’île aux cent moulins et ses sœurs du sud, partageuses de misère : Désirade, Les Saintes...


      Quelques siècles après, Rousseau semble avoir encore raison quand on arrive à décrypter les méandres de mon île ! « L’homme est un animal débonnaire, c’est en effet la société qui le corrompt et malheur à ce premier qui érigea une clôture en affirmant qu’il était le propriétaire » !

Nous assistons dans la « missive » de notre Conseillère Régionale sur CCN à un halo d’impuissance où Marie-Galante n’a même plus assez de larmes pour pleurer sa lente et terrible agonie !

Nous constatons aussi que le processus de déliquescence de cette structure hospitalière n’est en fait que le pan pourri d’un ensemble qui n’ose même plus geindre le moindre son de survie puisque la gangrène s’empare de tout !
Pourquoi alors, avoir construit un hôpital flambant neuf ?

Marie-Galante et l’ensemble des îles du Sud ont souffert et souffrent encore et encore …d’une absence totale de perspective de développement économique.

C’est la réalité ! Qui prouve le contraire ?

Ceci est la conséquence ou plus exactement l’inconséquence inéluctable d’un système archaïque, vétuste et inadéquat par rapport à un état de délabrement qui sévit depuis plus d’une trentaine d’années.

Nous savons tous que ces îles se meurent depuis longtemps et je m’interroge sournoisement en me demandant en mon âme et conscience, si quelque part, d’aucuns ne sont pas très contents et satisfaits de cette « moribonderie » alors bien pensée et surtout bien orchestrée !

La problématique de l’hôpital me renvoie à un questionnement plus sociologique, plus profond dans un schéma plus global !

A savoir :
Qu’avons-nous fait pour retenir les familles marie-galantaises chez elles, ou alors  que faisons-nous ?

Qu’avons-nous fait pour freiner l’hémorragie marie-galantaise vers la Guadeloupe ou autres ?

Qu’avons-nous proposé aux jeunes marie-galantais pour leur donner un espoir, et le désir de s’investir chez eux ?

Quels projets avons-nous défendu pour recréer le dynamisme démographique ?
Où est donc passé notre discours sur l’avenir en qualité d’adulte et de bon père de famille ?

Que pouvons-nous répondre de sensé à nos enfants qui, aujourd’hui nous posent tant de questions ?

Où est donc passé le « rêve marie-galantais » – où est donc passé « l’homme marie-galantais » ?

Où va le pays – Où va ce peuple, si peuple il y a… ?

Cette île s’est vidée – s’est dévidée de sa propre substance – elle est devenue elle-même un monstre où quelques cyclopes malveillants – imbus – masturbateurs cérébraux , se racontent qu’ils ont déjà et toujours tellement fait – qu’ils ont tout réussi, mieux et plus que quiconque pour une île dès lors malade, qui n’ose même plus crier le temps qu’il fait dans une météorologie du désespoir et de l’assombrissement généralisé !

Nous étions certes des amis – nous étions certes des parents – nous étions certes des enfants de l’éducation – nous étions certes des consensuels … mais, sans insulter quiconque : « Avons-nous réellement nos yeux en face des orbites » ?

Voyons-nous tous la même image ou assistons-nous tous au même spectacle ?

Est-ce la satisfaction d’un « Festival Terre de Blues » déprimé et de plus en plus stérile en terme de vocation économique qui va longtemps encore, permettre de se bomber, sourire en coin, le torse, à la barbe de socioprofessionnels qui, pour survivre sur l’île, sont obligés d’avoir une affaire aussi en Guadeloupe ?

Quelle énergie ?

Est-ce parce qu’on a enfin démoli l’ancien quai de Grand-Bourg, après avoir mis en place une nouvelle structure qui manifestement est toujours un échec total en terme d’organisation de voyage, que l’on a le droit de se faire croire que tous les combats sont a priori gagnés et qu’il n’y a plus rien à faire ?

A mon avis, il y a toujours autant de bousculades au départ et à l’arrivée des bateaux – on est toujours aussi mouillé en cas de pluie – l’accueil reste toujours à désirer – les personnes âgées sont dans la mêlée comme tout le reste des voyageurs et sans égard aucun.

Le monopole exercé dans le transport maritime ici n’est pas fait pour penser et rationaliser un meilleur service – il serait grand temps que l’Etat français se charge enfin des tâches qui lui incombent pour rendre définitivement fonctionnelle et réelle la « continuité territoriale » !

Le monde agricole ne décolère pas sur cette île – il a l’impression et il a raison, que son secteur d’activité demeure une chimère aux yeux des responsables – d’autres anciennement avaient dit : « an pa mè a kann » ; mé sé kann-la osi ki fè é ki ka fè on lo adan zanfan a péyi-la !

Qu’on se le dise, cette île ne peut se concevoir sans l’existence de l’Usine de Grande Anse ! 
Malheur à ceux qui sonneront son glas !

Les secteurs de la Pêche – du Commerce – de l’Artisanat – du Tourisme et maintenant de la Santé … tout chavire et le pire est cette attitude d’autosatisfaction morbide et insultante face à une population qui n’arrête toujours pas de tirer davantage la langue !
Ce fut une époque – dans d’autres combats où nous avions des idées – où nous nous battions pour un projet – pour une idéologie …mais de manager à courte vue à force, en cultivant la haine – la censure - l’écartement – la délation – l’extradition – la mise en boîte – la mise au placard ...et que sais-je encore ... on a simplement tué tout espoir du renouveau – tout espoir de communication – de rassemblement pour un mieux-être commun !

On a dégoûté ceux qui voulaient encore se battre pour créer quelque chose sur place et on a préféré gérer le néant – le vide – l’immobilisme – le statu-quo – l’animosité – l’amphigourisme - la méprise et l’ambiguïté !

Or, aujourd’hui plus que jamais, Marie-Galante a besoin de tous ses enfants pour venir à son secours. Lorsque l’on est depuis plus d’une vingtaine d’années à la tête d’un pays, il est normal de subir un essoufflement - que l’on n’ait pas toujours le recul nécessaire pour anticiper et évaluer les bonnes solutions – et il est encore plus stupide de travailler dans l’autarcie de manière clanique voire parfois même familiale ! Cela s’appelle du népotisme !

Le temps de raison à sonner – je crois que cette île doit enfin se réveiller et ses responsables avec ! Trop de pouvoir tue le pouvoir – trop de responsabilité tue la responsabilité. Il est temps de lever la tête du guidon !

Il est enfin temps de préparer l’Avenir - il est temps de se dire en grandes et intelligentes personnes toutes les vérités qui laisseront dormir en paix tous ces vieux marie-galantais qui, s’ils pouvaient voir ce qu’est devenu le Pays, leur Pays … ils nous demanderaient d’arrêter de les tuer une deuxième fois !

Il est aussi grand temps que nous arrêtions de changer un homme pour un homme ! Je ne veux pas que l’on dise que l’on est contre Tirolien ou pour untel – cela n’a pas de sens - la « personne » n’a rien à voir là-dedans !

Il faut commencer par avoir et vouloir défendre un « projet ». Parler projet, voilà le discours qui doit défendre les marie-galantais et les îles du Sud !

Temps qu’il n’y aura pas un véritable plan Marshall pour ces îles nous ne ferons que colmater des brèches et le navire finira tôt ou tard par sombrer.

Le label « Pays Marie-Galante » rapporte quoi à ce peuple ?

Nous devons ériger une « COM des îles du Sud » afin de défendre directement l’avenir de nos enfants face et dans le système français qui lui-même prône l’auto-dynamisation.
Dans un article précédent j’avais déjà expliqué la vocation complémentaire de ces trois îles – nous devons arrêter d’être des lâches ! Nous devons désormais penser à orienter définitivement cette « force trilogique » vers une conception innovante, originale et révolutionnaire !

Sinon le dépeuplement va s’accentuer et à court terme nous assisterons progressivement à un phénomène de remplacement des populations. Il ne reste plus que 8000 marie-galantais vivants sur l’île et on assiste depuis à la vente à l’encan du pays par le manque de revenu des autochtones.

Si l’actuelle municipalité ne joue pas de clairvoyance en ouvrant une communication plus intelligente avec les enfants de ce pays, il est inévitable que nous allions tout droit dans le mur. Il existe bien une société civile marie-galantaise résidant sur place et vivant en grande partie en Guadeloupe et en France . Faire l’impasse sur cette dynamique économique et intellectuelle est manquer de stratégie constructive pour le devenir du Pays.

Il faut un appel à projets et amorcer immédiatement par sensibilisation et avantages fiscaux le retour massif de tous ces îliens qui depuis une quinzaine d’années ne viennent même plus en vacance a fortiori pour passer leur retraite chez eux !

Plus nous perdrons de temps, plus la plaie sera béante, j’ose encore croire que « l’âge amène la sagesse » comme l’affirment les bouddhistes. Ou mieux encore, comme disait Gratien  Candace : « Plus le diable devient vieux plus il devrait devenir ange » ! Mais, est-ce le cas ?

Œuvrons tous pour « les îles du Sud » dans le sens de la réconciliation des êtres !

Grand-Bourg le, 05/08/2010
Bernard LECLAIRE
Ecrivain Marie-galantais.



Commentaires

  1. http://www.caraibcreolenews.com/news/guadeloupe/1,2148,05-08-2010-guadeloupe-marie-galante-est-elle-a-l-agonie-.html

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